Choisir la forme juridique la plus adaptée pour son entreprise

Trois millions de dirhams. Voilà la barre qui sépare les petites ambitions des grandes manœuvres entrepreneuriales au Maroc. Derrière les chiffres, un choix s’impose : quelle structure donner à son projet ? Juridique, ce dilemme engage bien plus que la simple formalité administrative. Il conditionne le quotidien comme l’avenir d’une entreprise. S’engager à la légère serait une erreur.

On distingue plusieurs grandes familles de sociétés commerciales reconnues au Maroc. D’un côté, les sociétés de personnes telles que la société en nom collectif, la société en commandite simple ou la société en participation. Ici, la confiance entre associés prime : la responsabilité, souvent illimitée, pèse sur les épaules de chaque membre. Le facteur humain, l’intuitu personae, s’impose comme règle.

À l’opposé, les sociétés de capitaux, société anonyme (SA), société à responsabilité limitée (SARL), société en commandite par actions, placent le capital au centre du jeu. On y protège davantage les actionnaires, qui ne risquent que les sommes apportées.

D’autres structures, plus spécifiques, existent également : sociétés d’investissement, coopératives, mutuelles… Ces formes répondent à des besoins précis, sous des réglementations particulières.

Dans la pratique, à côté de l’entreprise individuelle, deux modèles dominent : la SA et la SARL. Leurs différences façonnent la vie de l’entrepreneur.

La société anonyme (SA)

La SA s’impose comme une structure commerciale où les associés, appelés actionnaires, ne sont engagés qu’à hauteur de leur participation au capital. Leur engagement financier est matérialisé par des actions négociables.

Ce modèle présente plusieurs caractéristiques marquantes :

  • Un minimum de cinq actionnaires est requis.
  • Le capital doit atteindre au moins 3 millions de dirhams si la société fait appel public à l’épargne, ou 300 000 dirhams dans le cas contraire.
  • La valeur nominale d’une action ne peut descendre sous la barre des 100 dirhams.
  • Lors de la souscription, au moins un quart des actions en numéraire doit être libéré ; les apports en nature le sont intégralement dès l’émission.
  • La société ne voit le jour officiellement qu’après inscription au registre du commerce.
  • La direction générale relève du président du conseil d’administration, nommé et révoqué par ce conseil. Toute délégation de pouvoirs exige sa proposition.
  • Deux organes principaux structurent la gouvernance : le conseil d’administration, investi de pouvoirs étendus, et le conseil de surveillance, chargé d’un contrôle permanent sur la gestion.

Le recours à l’épargne publique concerne toute société dépassant 100 actionnaires, toute entreprise dont les titres sont cotés, ou toute entité sollicitant la distribution de titres via des intermédiaires financiers.

La SA peut opter pour deux modes d’organisation :

Dans le modèle classique avec conseil d’administration, ce dernier compte entre trois et douze membres (quinze si la société est cotée), avec des dérogations possibles en cas de fusion.

La version SA à directoire et conseil de surveillance se distingue par un directoire de cinq membres maximum (sept en cas de cotation) nommé par le conseil de surveillance, avec un mandat de deux à six ans. Le conseil de surveillance, pour sa part, se compose de trois à douze membres (quinze si cotée), choisis par les statuts ou l’assemblée générale ordinaire.

(Source : BO n° 4422 du 17/10/1996)

La société anonyme simplifiée (SAS)

Cette structure, réservée aux personnes morales, vise la création ou la gestion d’une filiale commune, ou la constitution d’une société-mère. Les statuts, signés par tous les partenaires, définissent librement les règles de fonctionnement.

  • Un capital d’au moins 2 millions de dirhams (ou équivalent en devises) est obligatoire, entièrement libéré dès la signature des statuts.
  • La société ne peut recourir à l’épargne publique.
  • Un président, personne physique ou morale, doit être désigné dès la création, puis selon les modalités prévues par les statuts.

La société à responsabilité limitée (SARL)

La SARL occupe une place intermédiaire entre partenariat et société de capitaux. La personnalité juridique s’acquiert dès l’inscription au registre du commerce.

  • Elle peut être constituée par une seule personne (associé unique) ou jusqu’à cinquante associés.
  • Le capital social est fixé librement par les associés, mais doit être libéré d’au moins un quart et déposé sur un compte bloqué jusqu’à enregistrement.
  • La valeur minimale d’une part sociale est de 10 dirhams.
  • Les cessions de parts à des tiers requièrent l’accord de la majorité des associés, sauf transmission par succession ou entre conjoints et parents en ligne directe.
  • Les apports en nature sont évalués par un commissaire si leur valeur excède la moitié du capital en numéraire.
  • La gestion peut être assurée par une ou plusieurs personnes physiques, responsables individuellement ou conjointement envers les tiers.
  • Les décisions se prennent en assemblée générale, sauf stipulation contraire.
  • Un ou plusieurs commissaires aux comptes deviennent obligatoires si le chiffre d’affaires excède 50 millions de dirhams.

Groupement d’intérêt économique (GIE)

Le GIE n’est pas une société à proprement parler, mais un dispositif permettant à des entreprises de mutualiser certaines activités, tout en conservant leur indépendance.

  • Il doit comporter au moins deux personnes morales et peut être constitué sans capital.
  • Le nom du groupement doit être suivi de la mention « groupement d’intérêt économique » ou « GIE ».
  • Les apports sont libres : espèces, nature, industrie.
  • Il n’est pas autorisé à solliciter l’épargne publique.
  • L’objet du GIE, sa durée, son siège, la composition de ses membres, les apports éventuels et les responsabilités doivent figurer dans le contrat constitutif.
  • La gestion est confiée à un ou plusieurs administrateurs, qui peuvent être choisis en dehors des membres, y compris une personne morale à condition qu’elle désigne un représentant permanent.

(Dahir n° 1-99-12 du 18 Shaoual 1419 (5/02/1999), loi 13-97 sur les GIE)

La société en nom collectif (SNC)

La SNC rassemble des partenaires tous commerçants, responsables indéfiniment et solidairement des dettes sociales.

  • La dénomination sociale comporte le nom d’un ou plusieurs associés, suivie de la mention « société en nom collectif ».
  • Tous les associés sont gestionnaires, sauf stipulation contraire dans les statuts.
  • Un ou plusieurs commissaires aux comptes peuvent être désignés par la majorité des associés ; la nomination devient impérative si le chiffre d’affaires dépasse 50 millions de dirhams.
  • La révocation d’un gérant exige l’unanimité, sous peine de dissolution, sauf clause de continuation.
  • Les parts ne se transmettent qu’avec l’accord unanime des associés.
  • Le décès d’un associé entraîne la dissolution, sauf stipulation contraire (poursuite avec les survivants, les héritiers ou une personne désignée).

La société en commandite simple (SCS)

Cette forme regroupe deux catégories de membres : commandités et commanditaires. Les premiers engagent leur patrimoine sur les dettes, les seconds ne sont responsables qu’à hauteur de leur apport.

  • La dénomination sociale doit inclure le nom d’au moins un commandité, suivi de « société en commandite ».
  • Les commanditaires ne peuvent intervenir dans la gestion ni représenter la société vis-à-vis des tiers ; toute modification des statuts nécessite l’accord des commandités et la majorité des commanditaires, en nombre et en capital.
  • Le décès d’un commanditaire ne met pas fin à la société.

(Source : BO n° 4478 du 1/5/1997)

La société en commandite par actions (SCA)

La SCA mêle associés commandités, commerçants responsables indéfiniment des dettes, et commanditaires, actionnaires limités à leur mise.

  • Trois commanditaires au minimum sont exigés.
  • Les premiers dirigeants sont désignés par les statuts, puis nommés en assemblée générale ordinaire avec l’accord de tous les commandités.
  • Un conseil de surveillance, composé d’au moins trois actionnaires, est élu ; les commandités ne peuvent y siéger.
  • Un ou plusieurs commissaires aux comptes sont obligatoires.
  • Le dirigeant jouit de pouvoirs étendus, sous le contrôle du conseil de surveillance.
  • La transformation en SA ou SARL requiert l’accord des deux tiers des commandités, sauf clause différente.

(Source : BO n° 4478 du 1/5/1997)

La société en participation

La société en participation se distingue par sa discrétion : elle n’existe que dans les rapports entre associés et reste invisible aux yeux des tiers.

  • Elle ne possède pas la personnalité morale.
  • Aucune formalité d’enregistrement ni de publicité n’est requise.
  • Les partenaires définissent librement l’objet social, les droits et obligations, ainsi que les modalités de fonctionnement.
  • Face aux tiers, chaque associé agit en son nom propre et supporte seul les engagements pris, sauf accord exprès. S’ils agissent ensemble, ils assument une responsabilité analogue à celle d’une SNC.

(Source : BO n° 4478 du 1/5/1997)

Otman AAFIR

DPLE comptable par des experts

Commissaire aux comptes

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L’Expert Comptable et Commissaire aux comptes au Maroc

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