La Cour de cassation a jugé, à plusieurs reprises, que l’absence de la mention manuscrite « lu et approuvé » n’entraîne pas automatiquement la nullité d’un contrat de travail. Pourtant, cette formule continue de figurer sur de nombreux documents, parfois par simple habitude ou par souci de précaution.
Les praticiens relèvent que certaines situations spécifiques imposent des mentions particulières pour garantir la validité ou l’efficacité d’un engagement. La persistance de cette formule interroge sur sa véritable portée juridique et sur les risques encourus en cas d’omission.
Lire également : Comment rompre un contrat alternance ?
La mention « lu et approuvé » : origine, usages et évolution dans les contrats de travail
Inscrire « lu et approuvé » à la main au bas d’un document n’a rien d’anodin dans la tradition française. Cette pratique remonte à l’ancien article 1326 du code civil, abrogé depuis 1980, qui imposait au débiteur d’écrire lui-même la somme due et d’ajouter la fameuse mention, pour prouver qu’il savait parfaitement à quoi il s’engageait. L’idée était limpide : éviter toute contestation sur la compréhension de l’acte.
Dans la sphère du contrat de travail, la formule a traversé les décennies. On la retrouve encore aujourd’hui, accolée à la signature et parfois au paraphe, sur chaque page des contrats. Pourtant, ni le code du travail, ni le code civil, n’exigent la présence de cette phrase pour donner force juridique à un engagement salarié. C’est l’usage, plus que la réglementation, qui a installé ce réflexe chez de nombreux employeurs, souvent par prudence ou par simple continuité des vieilles habitudes.
A lire aussi : Lois impératives : tout ce qu'il faut savoir sur leur application
La façon de prouver le consentement a toutefois évolué en France. Les mentions manuscrites ne sont plus la règle d’or. La jurisprudence, elle, s’attache désormais à la réalité du consentement et à la volonté manifestée, bien plus qu’au respect d’un rituel. La signature, qu’elle soit manuscrite ou électronique, est devenue le véritable sésame pour valider un contrat. La mention « lu et approuvé » n’est donc plus un passage obligé, mais un vestige d’une époque où chaque mot manuscrit pesait lourd dans la balance juridique.

Quelle valeur juridique aujourd’hui et quelles précautions pour sécuriser votre contrat ?
Ce qui compte aujourd’hui, c’est la signature. Rien ne l’égale pour démontrer l’accord des parties. Les articles 1366 et 1367 du code civil l’affirment : la signature électronique, à condition d’identifier clairement la personne et de garantir l’intégrité du document, vaut autant que son équivalent papier. Le support importe peu, seul le consentement exprimé fait foi.
Certaines situations restent à part, toutefois. La loi exige encore des mentions manuscrites précises pour des actes comme la reconnaissance de dette ou le cautionnement. Dans ces cas, impossible de faire l’impasse sur la rédaction à la main de la mention voulue. Mais pour tous les autres contrats, qu’il s’agisse d’un CDI, d’un CDD ou d’un avenant, une signature, manuscrite ou électronique, scelle l’engagement.
La transition numérique a vu éclore de multiples solutions dédiées à la signature électronique, à l’image de Goodflag ou Signaturit. Ces outils facilitent et sécurisent la conclusion des contrats, tout en respectant les exigences de traçabilité et d’authentification.
Quelques vérifications s’imposent pour éviter toute mauvaise surprise lors de la signature d’un contrat :
- Assurez-vous que l’identité du signataire est bien vérifiée et que la procédure de signature (notamment électronique) laisse une trace claire du processus.
- Gardez précieusement la version signée du contrat, qu’il soit sur papier ou en format numérique, pour pouvoir la produire en cas de contestation.
- Si l’acte concerne une reconnaissance de dette ou un cautionnement, reportez-vous aux articles du code civil applicables afin d’éviter toute nullité pour vice de forme.
Depuis la réforme de 2016, la France a fait le choix de la simplicité et de l’efficacité : la signature matérialise l’accord, sans exiger de formules toutes faites. Employeurs et salariés, épaulés par leurs conseils, privilégient désormais la sécurité de la preuve et l’adaptation du support à la situation. « Lu et approuvé » ? Pas indispensable, mais pas interdit non plus. Le véritable enjeu se joue ailleurs : dans la clarté de l’accord et la solidité de la preuve. Face à un monde du travail qui change, la page blanche ne fait plus peur, ce qui compte, c’est la trace indélébile que laisse la signature.

