Portage salarial ou auto-entrepreneur : à partir de quel TJM faut-il vraiment comparer ?

Beaucoup d’auto-entrepreneurs regardent le portage salarial de loin, souvent avec l’idée que les charges y sont trop lourdes pour que ça vaille le coup. C’est parfois vrai, parfois faux : tout dépend du taux journalier, du rythme de facturation et de la valeur qu’on accorde à la protection sociale. Avant de trancher, quelques chiffres concrets s’imposent.

Ce que les charges font réellement à votre revenu net

En portage salarial, la décomposition du chiffre d’affaires est assez prévisible : la société de portage prélève entre 5 % et 12 % du CA HT en frais de gestion, puis environ 45 % du solde part en cotisations sociales (30 % de charges patronales, 15 % de charges salariales). Sur 6 000 € HT facturés par mois, le net en poche tourne autour de 2 650 €.

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En micro-entreprise (BNC services), les cotisations sociales représentent 21,2 % du CA, sans frais de gestion. Sur le même CA, le net mensuel dépasse 4 000 €. L’écart brut est donc réel et conséquent. Mais cette lecture seule est trompeuse, et c’est précisément là qu’une simulation portage salarial change la donne : les résultats varient fortement selon le TJM pratiqué, le nombre de jours facturés par mois et la part de frais professionnels déductibles avant cotisations.

Le plafond du régime micro (83 600 € HT en 2026 pour les services) introduit une contrainte souvent sous-estimée. Sur la base de 17 jours facturés par mois, ce seuil est atteint dès un TJM de 409 €/jour. Au-delà, l’auto-entrepreneur doit soit brider sa facturation, soit changer de régime, avec à la clé une comptabilité obligatoire et ses coûts associés. Le seuil de bascule critique se situe autour de 387 €/jour à pleine cadence (18 jours/mois).

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Protection sociale : l’angle mort du calcul rapide

Le différentiel de net mensuel entre les deux statuts peut sembler rédhibitoire. Il l’est moins si l’on intègre ce que le portage inclut et que le micro-entrepreneur doit financer seul : mutuelle d’entreprise co-financée (40 à 80 €/mois), prévoyance, cotisations au régime général de retraite et surtout, droits à l’assurance chômage (ARE) complets en fin de mission.

Ce dernier point est souvent décisif. L’allocation des travailleurs indépendants (ATI), accessible aux auto-entrepreneurs sous conditions strictes, plafonne à environ 4 800 € sur six mois. Les droits ARE ouverts via le portage peuvent représenter entre 50 000 et 80 000 € sur 24 mois selon la rémunération. Un seul mois creux non indemnisé par an peut effacer une bonne partie de l’avantage net du régime micro.

Pour les consultants proches de la retraite ou ceux qui cumulent peu de trimestres, l’affiliation au régime général et à l’AGIRC-ARRCO (régime cadre) constitue un argument supplémentaire difficile à chiffrer mais très concret à long terme.

Choisir selon son profil, pas selon une règle générale

Il n’existe pas de réponse universelle. Un auto-entrepreneur qui démarre avec un CA inférieur à 50 000 € par an, peu de frais professionnels et une clientèle stable a généralement intérêt à rester en micro : la simplicité et le net disponible jouent en sa faveur. En revanche, un consultant IT senior à 700 €/jour, qui dépasse le plafond micro ou qui anticipe des périodes sans mission, trouvera dans le portage une couverture que la micro ne peut pas offrir.

Les profils en reconversion depuis le salariat méritent aussi une attention particulière : le portage permet de conserver des droits issus du salariat tout en testant une activité indépendante, sans rupture brutale. C’est une transition, pas nécessairement un statut définitif.

Quelle que soit votre situation, la décision gagne à s’appuyer sur des chiffres personnalisés plutôt que sur des moyennes de branche. Les charges, les droits et les arbitrages fiscaux varient suffisamment d’un profil à l’autre pour que la simulation individuelle reste l’étape incontournable.

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